La Chaise-Dieu

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L’abbatiale Saint-Robert

Mi-août, fin de matinée d’une journée qui s’annonce chaude et se terminera sous l’orage. Premiers pas dans ces rues et ruelles aux abords de l’abbatiale. Au pied de l’édifice, la façade en impose, serrée entre les maisons qui l’entourent. Avant d’y pénétrer, nous retrouvons des amis et commençons par faire un tour à l’Office du tourisme. Je suis inquiet car le Festival de musique semble bientôt commencer, et malgré des renseignements pris préalablement sur Internet, je me demande si nous pourrons faire la visite des lieux. En effet, nous apprenons que l’abbatiale est fermée aux visiteurs car l’installation technique des multiples concerts est en cours ! D’autres salles aussi sont fermées pour cause de travaux de restauration. En réalité, tout le site est en chantier. Dépité et un peu en colère de n’avoir pas eu ces renseignements clairement indiqués sur le site Internet, je questionne les personnes de l’accueil (je ne suis pas le seul à déplorer la situation). On me propose de noter mes griefs sur un cahier mis à disposition des visiteurs. J’obtempère, agacé !

Un monsieur, nous écoutant, un appareil photo en bandoulière lui aussi, nous explique calmement que malheureusement nous ne pourrons pas visiter… puis nous prenant à l’écart, il nous susurre qu’exceptionnellement il peut nous guider dans l’abbatiale, si les techniciens le permettent ! Il nous apprend qu’il est un journaliste local, bénévole d’une association liée à La Chaise-Dieu.

Nous voici entrainés à l’intérieur de l’édifice, sans être inquiétés par quiconque du personnel ou du service de sécurité, notre guide déjà parti dans de nombreuses explications et anecdotes artistiques et historiques, alors que les câbleurs, vidéastes électriciens et menuisiers s’affairent aux derniers montages.

Après la visite intérieure, il nous fit faire le tour du cloître et nous indiqua l’emplacement de certaines salles en travaux qu’il faudra venir voir lorsque ceux-ci seront terminés. Une bonne demi heure a duré notre périple. Qu’il soit ici chaleureusement remercié de son intervention inespérée. 

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À droite de la façade, la maison dite du Cardinal de Rohan

La façade occidentale, comme l’ensemble de l’édifice, de style gothique méridional, comporte des contreforts et non des arcs-boutants (semblable au Palais des Papes à Avignon). Elle donne une impression de forteresse, d’autant plus accentuée par la présence d’un chemin de ronde reliant les deux tours. Le portail a été mutilé lors des Guerres de religion. Le grand escalier a été reconstruit au XVIIIè siècle.

Vues prises du cloître.

Quelques détails autour de l’édifice.

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La Tour Clémentine, communiquant avec l’abbatiale par une chapelle de l’abside.

Construit en pleine Guerre de Cent-ans, garni d’archères et de mâchicoulis, ce puissant donjon avait un rôle défensif. Équipé d’un four, d’un puits et d’une réserve de vivres, il abritait surtout les 6000 volumes de la bibliothèque.

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Vue du cloître.

Dans les ruelles 

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Vue prise de l’extérieur sur un plafond des bâtiments conventuels actuellement en restauration, où seront bientôt réinstallées les tapisseries en cours de restauration elles aussi…

Le cloître 

Une petite fresque située sur le mur d’entrée qui mène au cloître et à une entrée latérale de l’abbatiale.

Alors, entrons !

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Vue de la nef et du jubé, datant du XVè siècle, la séparant en deux parties : les moines étant de l’autre côté, près du chœur. Du haut de ce jubé le diacre proclamait l’Évangile aux fidèles et aux pèlerins placés dans cette partie de la nef au cours de la messe. 

Nous y sommes ! Quatre visiteurs et une quinzaine de techniciens qui ne font pas attention à notre présence. Regardons bien où nous mettons les pieds, de nombreux câbles pourraient nous faire trébucher. Pas facile d’avoir les yeux sur le viseur, un regard à terre, un autre au plafond voûté et les oreilles attentives au copieux récit de notre aimable guide ! Je ne pourrai vous cacher que j’ai « loupé » quelques informations. Tant pis, mon plaisir est au maximum de pouvoir profiter de tout ceci sans touristes en nombre. Egoïste que je suis!

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Buffet d’orgue du XVIIè siècle.

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Détails du jubé. Une Vierge souffrante et Saint-Jean, placés de part et d’autre de la Croix.

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Le chœur monastique. À noter les arcs plats partant directement des piles octogonales, sans chapiteau, comme des branches de palmier.

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Clef de voûte.

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Tombeau de Clément VI placé au milieu de l’espace, entouré des stalles en chêne du XIVè siècle.

Les demi-sièges sont appelés « Miséricordes », ils se relèvent afin de permettre aux moines de chanter dans une position semi-assise.

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La danse macabre. Fresque du XVè siècle.

Située sur un des murs de séparation d’avec le chœur, au dos des stalles, cette fresque s’étend sur trois panneaux. Elle est composée de vivants de notre monde et de morts, squelettes stylisés, transis, parfois revêtus de linceul, personnifiant la mort. On parle de danse parce que les squelettes invitent à mourir les quelque 23 personnages en dansant. Cette danse macabre se lit de droite à gauche. Ce genre artistique s’inscrit dans les grandes calamités des XIVè et XVè siècles : Grande peste noire, guerres, famines… Elle daterait de 1470 environ. Elle est inachevée et son auteur est inconnu. Elle n’a jamais été restaurée mais a été nettoyée de ses micro-algues.

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Un curieux linteau de porte.

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Tombe de Renaud de Monclar, abbé de la Chaise-Dieu (1478).

Détail de l’enfeu, figurant des anges musiciens, niche funéraire à fond plat ou légèrement incliné, généralement réservée aux nobles. Il désigne l’espace où un tombeau est encastré dans l’épaisseur du mur d’un édifice religieux.

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Les pleurants, martelés lors des Guerres de religion.

La chapelle des pénitents, qui était à l’origine le réfectoire des moines, située sur le côté du cloître opposé à l’abbatiale.

A quelques pas de l’abbatiale, la petite chapelle de Bon-rencontre.

La maison forte de la Cloze.

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Cette abbaye a été fondée par Robert de Turlande, chanoine de Brioude, venu en 1043 sur ce plateau du Livradois pour y être ermite. Il fonde un monastère et adopte la règle de Saint-Benoît dont la devise est : Prie et travaille. Il nomme ce lieu Casa Dei, Maison de Dieu, d’où ce nom, déformé, est devenu La Chaise-Dieu

Cette église abbatiale tient à la décision d’un moine, Pierre-Roger de Beaufort, devenu pape sous le nom de Clément VI en 1342, de se faire enterrer dans son ancien monastère car il est « en exil à Avignon ». Il envoie donc les fonds nécessaires pour reconstruire l’abbatiale, chantier qui débutera en 1344 et finira en 1352. Dirigés par l’architecte d’exécution Hugues Morel, maître tailleur venu du Puy, plus de 500 artisans spécialisés et manœuvres s’attèleront à la tâche. L’ensemble des travaux étant supervisé ponctuellement par Pierre de Cébazat, maître de l’église de Clermont, rendant compte de l’avancée des travaux à Clément VI. Le tombeau du pape, de marbre et d’albâtre, est placé au centre du chœur des religieux, face à l’autel majeur où sont déposées les reliques de Saint-Robert.

Le 1er août 1562, pendant la période de la Réforme, La Chaise-Dieu est envahie par une troupe de protestants suisses menée par Blacons, lieutenant des Adrêts. Les moines, reclus dans la Tour Clémentine accolée à l’abbatiale, résistent pendant quinze jours, mais de nombreuses profanations et déprédations ont lieu. Le tombeau du pape est abattu, le gisant et le sarcophage sont détruits (heureusement en partie bien reconstitués), la châsse de Saint-Robert est dérobée, les autres tombeaux et les ornements d’église sont pillés. 

En 1786-1787, le cardinal de Rohan y vint en exil. Premier personnage du royaume sous Louis XVI, grand aumônier de France, prince-évêque de Strasbourg, il est aussi abbé commendataire de La Chaise-Dieu. Mêlé à l’affaire du collier de la reine, il provoque un scandale en 1785 et est arrêté puis finalement acquitté. Mais il doit expier son crime de lèse-majesté et c’est dans la maison adjacente au porche de l’abbatiale qu’il séjournera quelques mois. Il retourne ensuite à Strasbourg. La Révolution ayant décrété la dissolution des ordres religieux, les moines quitteront l’abbaye en 1790.

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La visite s’achève sous les gouttes mais avant de partir, l’idée et l’envie de venir écouter un concert dans l’abbatiale était trop fortes. Un petit détour par l’Office du tourisme pour savoir si des places étaient encore disponibles… La chance une nouvelle fois était de notre côté. Nous sommes donc revenus quelques jours plus tard pour assister à un très beau concert classique. Chœurs, solistes et orchestre interprétant Bach et Zelenka.

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Sublime !

J’y reviendrai…

…/…

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